Puerto Varas, rechargement des batteries

On arrive à Puerto Varas le vendredi 6 juin, sur le coup des 13h, sortant du bus en catastrophe. Pourquoi “en catastrophe” ? Parce que le bus s’arrête subitement à un endroit qu’on n’avait pas prévu, on somnolait, et on est les seuls à descendre sur la vingtaine de passagers.

Puerto Varas nous accueille avec une marche de 20 minutes sous la pluie. On trouve une auberge assez rapidement, on tombe sur un office du tourisme privé qui fait payer ses cartes de la ville, “Bon ben non merci ! Il est ou le vrai office sinon ?”. On tombe également sur le vrai office du tourisme et on planifie notre journée pour le lendemain : une heure de bus pour nous emmener à une traversée en bateau de 2h permettant d’admirer l’un des beaux et grands Lacs de la région ainsi que les volcans et paysages. Quand on demande à la jeune femme de l’agence touristique si le lendemain il fera beau et si on verra quelque chose, elle nous dit qu’en ce moment c’est toujours pareil côté météo, mais qu’avec les 4 volcans, il y aura bien à un moment une éclaircie pour en voir un. C’est parti !

Le samedi matin on se fait un bon gros petit-déjeuner grâce à l’auberge puis on arrive pile à temps pour chopper le bus, direction Petrohué. Aller à Petrohué avec l’agence nous coûte un peu plus cher qu’y aller par nous même, mais au final pas de regret, car outre la facilité -le bus de l’agence est à 3 minutes à pied de l’auberge, contre 20 minutes pour le terminal de bus classique- on a droit dans le bus à l’histoire de la région, la colonisation Allemande, d’où vient le Montt et le Varas des villes que l’on a croisé. Que d’infos, que vous pouvez certes trouver sur Wikipedia, mais conté par des personnes d’ici, c’est quand même mieux. Autre bonne surprise, le bus s’arrête pour que l’on voit des rapides. C’est payant : 2€ par personne.

Les rapides, rapides !

Les rapides, rapides !

On demande au gars du bus si ça vaut le coup, il nous dit que c’est beaucoup plus impressionnant que les rapides que l’on vient de croiser sous nos pieds pour aller jusqu’à la cabine pour payer l’accès. Comme ce type de surprise nous gave un peu, on fraudera un peu -comprenez, un seul de nous a payé, l’autre a fraudé-. Franchement, ça devrait être gratuit, ok c’est beau -même sous la pluie battante- et les rapides sont de couleur vert émeraude ce qui est magnifique, mais c’est naturel et n’a pas besoin d’entretien. Entre temps on se heurte à la horde de touristes étant descendue avec nous du bus. C’est fou comment on s’habitue à préférer visiter seul ! M’enfin, ça nous divertit toujours de voir les touristes prendre des photos à travers les vitres embuées du bus, ou encore prendre les guichets où l’on paye, voir même prendre en photos des photos de paysages décoratives.

On remonte dans le bus pour arriver finalement au Catamaran qui nous fera naviguer sur le “Lago Todos los Santos”. Durant l’heure et demie pour rejoindre la ville de Peulla (prononcez Péouya), nous ne verrons quasiment rien car une brume envahit tous les paysages et nous empêche de voir plus de la moitié des montagnes et volcans autour de nous. En parallèle, des guides de l’agence essaient de nous vendre des activités à faire quand on arrivera de l’autre côté du lac, par exemple faire du cheval -sous la pluie- pour 50€ chacun. Ben voyons ! En effet durant trois heures on n’aura rien à faire avant que le bateau ne quitte Peulla, ville d’environ 130 habitants. Ainsi, en parlant avec un des guides on s’aperçoit qu’il est originaire de Santiago. Génial ! On part donc à la pêche aux infos : que faire et où aller à Santiago, prochaine étape de notre voyage.

La Patagonie près de Peulla

La Patagonie près de Peulla

Arrivé sur place, un peu déçu par les paysages, on décide d’être utile pour notre organisme : le nourrir ! Le seul endroit pour manger ici c’est un hôtel bon chic bon genre, où on se pointe avec nos ponchos premier prix. N’ayant peur de rien, on se fait remarquer par les quelques clients, je sais pas mais on était les seuls à rigoler dans ce restau, la serveuse avait tellement de mal à sourire, à croire qu’elle se faisait des piqûres de toxine botulique dans les joues une fois en cuisine. Lorsqu’elle nous apporte la note, on voit sur le ticket quelque chose qui se fait beaucoup ici : ajouter automatiquement les 10% de pourboire en suggestion -voire parfois ils sont ajoutés à la note finale-. Très souvent on le fait sauter parce que le service est mauvais, car n’oublions pas que le pourboire ça a un sens, c’est pas juste 10% à ajouter systématiquement. Dans ce cas précis j’avais subtilement pris un stylo, et entouré sur la note l’addition sans le pourboire, histoire d’être bien clair. Pendant ce temps le ciel semble se dégager un peu -mais vraiment qu’un peu- on se pose sur des magnifiques canapés pour glandouiller, puis on prend quelques photos du paysage magnifique qui s’offre à nous. On retourne au bateau. Sur le trajet retour, la brume, s’étant parfois levée, offre de belles vues sur les montagnes environnantes, entrecoupées de pluie quand même -faut pas déconner on est en hiver, Dieu tout puissant à un timing à respecter quoi !-. On verra même une cascade assez impressionnante (cf. la vidéo à la fin de l’article). On est finalement assez content de la journée qui fut cool, et où on a vu à nouveau de belles choses : nos derniers paysages de Patagonie, car oui, on est arrivé au nord de cette dernière !

Les jours suivants, on décide de rester à notre auberge, au calme, histoire de se ressourcer et réfléchir au sens de la vie, faire un point sur le voyage, les plus, les moins… Bref, un ensemble de choses qu’il est bon d’échanger, surtout quand on est 2 dans une course folle que nous vivons et où nous prenons parfois trop peu de temps à nous poser et mettre les choses au point. On en profite donc pour ajuster certains détails du voyage, gérer nos couchsurfings à venir, et se reposer moralement.

El Chaltén, le cul de sac hivernal

Mardi 27 mai, 8h, nous voilà en route pour El Chaltén, à 3h de route de là. Pas tout à fait 3h en réalité, car entre les pauses interminables du chauffeur, la roue crevée qu’il changera, et les chiens errants qui monteront dans le bus, on aura un peu de retard, mais beaucoup d’animation !

En arrivant sur ledit lieu, soyons honnête, le temps est plutôt pourri. Comme d’habitude on demande à l’office du tourisme quelques endroits pour se loger. La femme -vous remarquerez qu’on se fait souvent conseiller par des femmes- nous indique sur notre carte les auberges ouvertes. Après être passé devant 3 auberges ouvertes, en réalité fermées, on décide de ne pas se risquer dans l’auberge pas cher qui pue la pisse -au premier degrés- que l’on vient de visiter, et on tape dans un hôtel bon marché et nickel.

Moment planification : quand et comment repartir au point suivant ? On retourne au terminal de bus. Surprise, la route pour aller au nord est fermée durant l’hiver car il n’y a personne qui l’empreinte -sauf nous-. Il faut donc retourner à El Calafate -à 3h au sud si les roues ne crèvent pas- pour reprendre un autre bus qui contourne cette route. *respiration profonde* après avoir pesté contre ce système débile, on décide de profiter à fond jusqu’au lendemain après-midi.

Il est 14h, tout ce que l’on peut faire avant que la nuit tombe -d’après notre conseillère à l’hôtel- ce sont les miradors du coin, environ 2h de marche. Sauf que, rappelez-vous, le temps est pourri, mais pas pourri genre il pleut, mais genre la ville, enclavée de montagnes, est surplombée d’un nuage géant. Les miradors sont bien sûr plongés dans les nuages, mais c’est soit ça, soit… rien !

La superbe vue sur la ville de El Chaltén

La superbe vue sur la ville de El Chaltén

Et vas-y Tintin qu’on se tape deux heures de trek, on mettra moins de temps que prévu, en revanche on verra ce qui était prévu : rien. Au moins on aura tenté ! En redescendant -tel des gazelles- on s’arrête au centre d’info du parc national, là le gardien nous dit que vu l’heure on a le temps d’aller voir une cascade à environ 1h de marche, soit 4km, pour le reste c’est foutu, il sera 18h et il fera nuit ! Pourquoi pas, j’ai les pieds défoncés mais vu qu’on repart le lendemain, faut en profiter !

Pour atteindre cette cascade il faut en fait longer la route, ce qui n’est pas top en randonnée, mais toujours mieux qu’avoir des pierres dans tous les sens quand vous avez mal aux pieds. 16h20 on décolle, je souffre, puis Manon aussi, nos petits sacs de trek nous paraissent tel des boulets sur le dos, mais on arrivera à cette cascade 1h plus tard. Franchement, on doit pas avoir le même sens du “kilomètre” car quand vous voyez un panneau “1km” et marchez pendant 25min hein….. Bref, je pense honnêtement -et sans écouter mes pieds- qu’on a frôlé les 6km. La cascade n’était pas magnifique, contrairement à la vallée que nous voyons sur le trajet, avec son fleuve zigzaguant au milieu. Le retour sera douloureux, mais tel des Saint-Bernards, courageux et endurants, nous arriverons à destination sains et saufs, et juste avant la nuit.

Le lendemain matin, un petit déjeuner copieux nous attend, et tant mieux, car ensuite on décolle pour une randonnée de 4h -annoncée à 2h l’aller- pour admirer la Laguna Capri. La veille le gardien de parc nous avait vendu du rêve en nous disant que c’était assez plat, seulement un peu de pente au début. Dans la réalité, après 1h de pente nous rappelant parfois Blue Mountains en Jamaïque, on désespère.

Laguna Capri

Laguna Capri, cherchez Charli

La végétation est assez pauvre, ça donne un côté steppes arides aux montagnes, tout est très jaune, la saison y est pour beaucoup certes, mais il y a surtout beaucoup d’arbres morts, de zones dites en “récupération”. On croisera des cousins de Woody Woodpecker. Tel des loups chassant leurs proies, notre énergie fulgurante nous permis d’atteindre ladite lagune en moins de temps que prévu. Elle était mieux en photo -quand il fait beau- ! On en profite pour également admirer les glaciers environnants, ça vaut le coup, y’en a partout. Ça aurait été encore mieux de plus près, mais c’est à 3h “aller” de là où nous sommes. On prend le chemin du retour, sous la pluie. Sur le trajet aller, après une heure de marche nous avions inscrit dans la terre sur un côté du chemin “MK 1h”, indice précieux pour se rassurer durant le retour de “on arrive quand putain ?”. En repassant dans ce coin, d’autres randonneurs nous avaient copiés, mais eux, on n’arrivait pas à les lire. Rapides et agiles, tel des rapaces, nous parcourons le chemin inverse en moins de 1h30 -en même temps : en descente et sous la pluie, ça motive-.

Cousin de woody woodpecker

Cousin de woody woodpecker

A 17h on reprend un bus increvable direction El Calafate, où nous retournons dormir à la même auberge que précédemment, et dans la même chambre (et à nouveau seuls !). On est content car quand on quitte un lieu, on se dit qu’on ne le reverra pas de si tôt, mais retourner 36h plus tard dans un endroit qui nous a plu nous réchauffe le cœur, tel le ronron d’un gros matou tout doux.

Jeudi 29, nous quittons en fin d’après-midi El Calafate. On espère ne pas se retrouver dans un autre cul de sac, surtout qu’on part pour 27 heures de bus -j’ai bien écrit 27h, oui-. Je publie en réalité cette article juste avant qu’on parte. Oups, changement de plan. En se réveillant jeudi, à 9h, coupure d’électricité… Dans toute la ville ! Du coup impossible de décharger nos appareils numériques, impossible de publier cet article et le plus grave : impossible de prendre nos billets de bus.

En arrivant au terminal de bus, la femme du guichet nous annonce le prix des billets, la conversation ressemblait alors à ça :
– Ça fera donc 210€.
– On ne peut pas payer en CB bien sûr ?
– À cause du problème d’électricité, seulement en espèce.
*qui se balade avec autant d’espèce sur lui sérieux ?*
– Oui mais on n’a pas assez en espèce et forcément on ne peut pas retirer aux distributeurs, donc on pourrait payer à une ville intermédiaire ou bien à l’arrivée, on l’a déjà fait de Rio Grande à Punta Arenas.
– Mais ce n’était pas avec notre compagnie, avec nous ce n’est pas possible de monter dans le bus sans avoir payé, ceci pour des raisons de sécurité.
*ah ben oui c’est dangereux de monter sans payer, c’est sûr*
– Donc si il n’y a pas d’électricité pendant 3 jours on ne peut pas quitter la ville ?
– Je suis désolée ce n’est pas de notre faute.
*t’as raison, fuis le problème !*

Elle ne voulait rien entendre et repartit piailler avec ses collègues dans le bureau voisin. Avec Manon, on est en ébullition. On se voit déjà se foutre sous les roues du bus. 20 minutes plus tard, soit 15 minutes avant que le bus ne parte, une autre guichetière arrive, on lui saute dessus ! Elle nous baratine la même chose, puis on lui lance :
– Et sinon, on peut prendre en espèce un billet jusqu’à la prochaine ville, Rio Gallegos, à seulement 4h, et à ce moment payer un autre billet pour aller à Bariloche ? (Bariloche c’est le terminus du bus, à 27h de là, d’où on prendra un autre bus pour rejoindre l’île de Chiloé)
– Ah ben oui.
– Ben voilà, y’a une solution vous voyez.

Ce qui nous a le plus gonflé, c’est qu’en plus d’être intransigeantes, de n’avoir aucun côté humain, elles n’ont même pas essayé de trouver une solution pour nous aider, alors qu’elles n’avaient que ça à faire, et préféreraient piailler entre elles. On se croyait presque en France ! 😉

Bref, au final, le croirez-vous, ça nous est revenu moins cher de payer en liquide le trajet jusqu’à la première ville et en CB la suite. Allez savoir le pourquoi du comment !

Et vous savez la meilleure ? Sur le trajet, on croise une femme ayant eu une panne de voiture au milieu de nulle part. Elle montera dans le bus et ils la feront payer ensuite… J’ai presque envie de dire : LoL.

El Calafate et son glacier géant

Les tampons des passages successifs de la frontière Chilio-argentine s’accumulent sur le passeport ! Se balader en Patagonie nous oblige à traverser la frontière : mais ça vaut le coup 🙂
Après plus ou moins 5h30 de bus -ce qui passe très vite quand vous avez la tête dans le… – on arrive à El Calafate. Bon apparemment ici y’a principalement un glacier à admirer : Perito Moreno. On descend du bus sur le coup des 14h et on vérifie les activités du coin avec l’office du tourisme, on en profite pour savoir où dormir ce soir. La femme nous met des petites croix sur la carte pour nous indiquer les hôtels dans nos prix, on charge nos gros sacs, et c’est parti !

Après 15 minutes de marche, on se demande si il n’y aurait pas eu une épidémie dans la ville, elle est vide ! On arrive devant le premier hôtel. Il est fermé car en rénovation. Next ! Second hôtel, fermé car en rénovation également ! 10 minutes plus tard, on arrive sur le troisième, et devinez quoi ? Non, il ne sera pas “fermé car en rénovation”, il sera “fermé” tout court. Bref, au bout d’un moment on tombe sur ça :calafate hotel

On trouve ce style “chalet” trop beau, on y pose donc nos (gros) sacs ! C’est en fait un hôtel restaurant, dont les chambres communes rentrent bien dans notre budget. Enfin “chambre commune”, il n’y a que 4 lits, et on est et sera tout seul. On retourne faire un tour pour contempler Laguna Nimez, une réserve naturelle à la périphérie de la ville, qui fait penser à la Camargue. L’ambiance de la ville est de type montagnard, chalets, maisons atypiques : un chocolat chaud s’impose à nous 🙂

Le lendemain on décide de prendre le dernier bus matinal allant au glacier (à 9h30), histoire d’être bien reposé : on nous a annoncé un gros trek de 4h. Manon flippe un peu car la femme nous ayant hébergés à Puerto Natales lui a refilé son mal de gorge. Mais cette journée sera une grosse surprise !

calafate lagunaSeuls les 40€ à payer pour accéder au parc naturel où se situe le glacier nous refroidiront. Sur le trajet les paysages sont sublimes. On aperçoit le glacier au loin, une femme du bus se précipite avec son téléphone pour le prendre en photo de façon très approximative, à croire qu’elle n’a pas bien compris le thème de la journée ! Les gens sont parfois si curieux !

Une petite fringale comblée et on fonce pour ce fameux trek, mais en fait, c’est pas du tout un trek devant le glacier : tous les chemins sont surélevés avec des plateformes de métal et entourés de grosses barrières en bois. Des parcours sont affichés à l’entrée, le plus difficile est annoncé à 1h, du coup, on se dit que là on tombera sûrement sur des paysages encore plus beaux et naturels ! Oui et non (clin d’oeil à Victor) : plus beaux car plus près du glacier, mais toujours des chemins barriérés et métallisés. Ça explique pourquoi on croise autant de familles, de gamins et de vieux ! On est loin du pic de Blue Mountains ou encore du parc naturel d’Ushuaia ! Bref, leur parcours d’une heure est fait en 30 minutes, on enchaîne donc avec d’autres pour admirer le glacier.

Y'a des gens en bas à gauche, si si, cliquez pour agrandir !

Y’a des gens en bas à gauche, si si, cliquez pour agrandir !

Le glacier (oui, je vais enfin en parler !) est gigantesque. Une cinquantaine de mètres de haut, et une profondeur de… en fait on ne voit même pas jusqu’où il s’étend (on apprendra qu’il fait 14km de long, pas étonnant de ne pas voir le bout !). On a essayé de capturer cela en photo, mais comme bien souvent avec de tels paysages, c’est difficile de se rendre compte. On aurait pris des glaçons dans une flaque d’eau avec un petit tas de terre derrière que vous pourriez croire que c’est pareil. Ce type de paysage est vraiment à voir de ses propres yeux, on se sent ridicule, tout petit fasse à ce monde de géant, on s’imagine bien voir arriver une grosse main d’un être gigantesque de par dessus les nuages ! Mais aucune main n’est arrivée bien sûr. En revanche, ce qui est arrivé, c’est plusieurs bruits de craquements provoqués par des morceaux de glace, parfois de la taille de plusieurs hommes, s’effondrant ensuite dans l’eau. Magique, bien que je trouve triste de voir un glacier reculer. On a quand même peiné à voir ces effondrements, on les entendait seulement, mais la faute à la vitesse du son, trop lente pour nous atteindre avant que la glace n’ait touché l’eau. On regrette tout de même de ne pas pouvoir approcher ce glacier à pied de plus près et librement -on aurait pu sauter les barrières, mais il y avait pas mal de gardes du parc qui se baladaient, on n’aurait pas fait long feu !-

Le lendemain, lundi 26 mai, on prend une journée pour se reposer de ce trek épuisant… Non sérieusement : Manon est un peu malade et nous avons besoin de réorganiser nos trajets et points d’arrêt en Argentine car nous avons dû supprimer tous nos points sur la côte est, ne présentant pas d’intérêt en cette saison. Une semaine à répartir ailleurs, basé sur les conseils des personnes rencontrées -ce qui est beaucoup plus pertinent qu’Internet-.

Prochaine étape : El Chaltén, 4h au nord de El Calafate. L’aventure en Patagonie continue !

Puerto Natales, nos premiers pas au Chili

Les argentins nous ont laissé prendre le bus sans payer (nous ne pouvions pas payer car notre carte de crédit ne fonctionne pas dans les villes non touristiques d’Argentine, cf l’article précédent). Après environ 5h de bus et 1h de ferry, on arrive à Punta Arenas, au Chili. Aucun soucis pour passer la frontière et ici, notre carte de crédit fonctionne, ouf ! Au Chili, tout est moins cher qu’en Argentine. Du coup, notre trajet en bus qui aurait dû nous coûter 90€ en Argentine, nous coûte seulement 60€ ici.
On ne verra pas grand chose à Punta Arenas, on y reste seulement 2h pour attendre notre prochain bus, direction Puerto Natales.

3h plus tard, nous y sommes. Il fait nuit et nous avons seulement une adresse où vit une famille prête à nous accueillir gratuitement. On trouve facilement la maison. On fait la rencontre des parents et des deux adolescents, une famille qui s’est inscrite en couchsurfing depuis 7ans et qui a la particularité d’accueillir beaucoup de personnes à la fois. Nous sommes arrivés à 21h et ils attendent un groupe de 10 étudiants mexicains pour 22h. On ne sera pas seul bien longtemps ! La maison n’est pas très grande, on est reparti dans deux chambres et le salon. Avec Kévin on dort dans une chambre avec 3 autres personnes. Ce groupe de 10 est composé de 7 filles et 3 garçons dont un québécois, Mathieu, avec qui on pourra parler français. Gloria, la maîtresse de maison, a préparé à manger pour tout le monde ! L’ambiance est agréable, on est content de retrouver des mexicains et Mathieu est très sympa. Petits soucis : il fait froid, on n’a pas d’intimité et il y a une salle de bain (contenant les toilettes) pour 16 personnes. Mais bon, c’est une expérience intéressante !

Souvenez-vous de Kanaan ? Le garçon qui voyage depuis 2 ans et qu’on a rencontré à Rio Grande. Il a été hébergé par cette famille quelques semaines avant nous. On comprend mieux pourquoi il nous avait dit “ce sont des fous”, ce n’était pas humoristique ! Une présentation de cette famille folle dingue s’impose :
– Le père obsédé pervers : qui vient régulièrement nous parler de caca et de sexe (les deux séparément quand même).
– La mère gémissante : elle parle avec une voix cassée parce qu’elle est malade (pas mentalement, elle a mal à la gorge).
– Le fils lunatique : qui nous ignore ou se met à nous parler des heures ou demande à Kévin d’aller couper du bois avec lui.
– La fille extravagante : avec ses cheveux bouclés et très volumineux, elle ressemble à une sorcière et ricane de la même façon avec une voix grave. Elle a souvent des coups de folie avec son caniche blanc aussi foufou qu’elle.
Bref, une famille très atypique !

Nous n’avons pas beaucoup dormi la nuit précédente à cause du bus que nous devions prendre le matin et ce sera pire cette nuit. On s’est couché tard, on n’arrive pas à dormir à cause du froid et on se lève tôt pour la journée du lendemain.
Après environ 5h de sommeil, on se prépare tous (nous et les 10 étudiants) pour une journée de visite. De 8h30 à 19h, nous sommes dans un mini bus qui nous balade et nous arrête aux points les plus intéressants où il nous laisse libre un certain temps, d´un quart d’heure à 1 heure suivant le lieu. On découvre ainsi un parc national du Chili : Torres del paines.puerto natales montagne

Je ne dirai pas que les paysages sont plus beaux qu’à Ushuaia mais la compétition est serrée… C’est magnifique. On n’avait jamais entendu parler de Puerto Natales. Et bien, ça vaut la peine d’y aller ! Encore une fois, l’hiver ne nous permettra pas de tout faire. On évite les grandes randonnées où l’on doit passer une nuit dehors dans ce froid glacial. Cette journée en bus est idéale en cette saison. Ça nous permet de voir un maximum de choses sans marcher des heures. Comme à Ushuaia, les montagnes enneigées sont impressionnantes. Mais le reste est différent. On roule sur des chemins entourés de collines. La végétation est pauvre. On aperçoit beaucoup de vaches, moutons, lamas et même des flamants roses. La lagune “amarga” est d’un joli bleu turquoise, on découvre une chute d’eau et quelques iceberg. Le vent est très fort à certains endroits mais puerto natales lacles paysages sont grandioses.

Quand nous sommes partis le matin, nous étions environ 18 dans le bus. Les 10 étudiants, nous et d’autres personnes (dont trois français). Nous avons laissé des personnes en chemin, des aventureux qui vont beaucoup marcher et affronter le froid de la nuit avant de continuer leur randonnée le lendemain. Bon courage à eux. On ne les envie pas… Au dernier point de rendez-vous avec le bus, on vérifie que tout le monde est présent et on repart direction la ville, à 2h30 du parc national où nous sommes. Au bout d’une demie heure, le chauffeur sursaute en voyant que l’on a oublié une personne ! Une française qui voyage seule et qui est restée tellement discrète qu’on ne s’est pas rendu compte qu’elle n’était plus là… Oups. On repart la chercher (voilà comment perdre une heure). Mais elle n’est plus là. En voyant qu’on l’avait oubliée, elle est partie en voiture avec d’autres personnes. On repart dans le bon sens jusqu’à ce qu’on aperçoive sur la route un couple qui nous fait de grands signes. Un couple qui était avec nous le matin mais qu’on a laissé en chemin et qui n’ont pas l’air content de nous avoir attendu dans le froid.

On rentre sans oublier d’autres personnes cette fois. Les douches s’enchaînent bien, le repas est convivial, préparé par les mexicaines.
On sympathise avec tout le monde et le père revient nous parler dès qu’on est seul. On en profite pour lui poser des questions sur le Chili. Il nous apprend que l’avortement n’est pas autorisé et qu’il n’y a pas de moyen de contraception. D’après lui, c’est aux filles de faire attention à ce qu’elles font… Ben voyons ! On aborde ensuite le mariage gai, pas autorisé non plus. D’ailleurs il n’aime pas les homosexuels, ce n’est pas “naturel”… Ben voyons ! Il n’était déjà pas haut dans notre estime mais là il s’enfonce. “Comment réagirais-tu si tu avais un fils homo ?” lui lance Kévin. “J’en ai un” nous répond-il. Il l’accepte, c’est déjà ça. Apprenant qu’on travaille dans la microbiologie, il nous fait un cours sur les bactéries… Ben voyons !

Le lendemain, vendredi 23 mai 2014, grasse matinée pour nous, ça fait du bien ! On visite un peu la ville et on décide de changer nos pesos chiliens en pesos argentins pour notre prochaine destination. Et quelle bonne surprise de voir que l’on gagne de l’argent en faisant cet échange. On a donné l’équivalent de 300€ et on se retrouve avec l’équivalent de 360€ ! Une très bonne alternative à nos soucis de CB en Argentine !

3 colombiennes sont arrivées à la maison. On est maintenant 19 sous le même toit. Le groupe des 10 étudiants repart le lendemain, tout comme nous, mais nos chemins se séparent ici.

Ushuaia, une VRAIE merveille du monde

Le réveil sonne à 8h, il est l’heure de partir à la découverte de la terre de feu. Chacun enfile son collant doublé polaire, ses grosses chaussettes, un pantalon et en haut tee shirt, sous pull polaire, polaire, grosse veste doublée… polaire bien sûr ! Sans oublier le tour de coup, le bonnet et les gants. On est prêt à affronter le froid. Et on n’aura pas froid de la journée 😀

À cause de la Jamaïque, on reste méfiant dès qu’on nous propose quelque chose, spontanément on demande “combien ça coûte”. Mais les argentins ressemblent plus aux mexicains, ils sont gentils et n’attendent pas d’argent en retour. Eduardo nous a offert des gâteaux la veille et nous dépose gratuitement devant l’embarquement du Catamaran. 40€ pour 2 heures de bateau, c’est cher mais ça en vaut la peine. On imaginait se retrouver à greloter sur le pont du Catamaran mais en fait, on est bien au chaud dans une grande cabine, sur des sièges confortables. On navigue sur le canal de Beagle.

ushuaia phare

Le phare “Les Eclaireurs”

Ce n’est pas la meilleure période pour visiter Ushuaia. On est en hiver et il y a des activités que l’on ne peut pas faire. Par exemple, le tour en bateau dure 5h en été alors qu’en hiver seulement 2h, on va beaucoup moins loin. Mais bon, ça ne va pas nous empêcher de profiter ! Mon seul regret : en hiver, les pingouins ont fini leur reproduction et sont partis au Brésil… On ne les verra donc pas.

Mais revenons à ce qu’on a vu : des paysages magnifiques de montagnes enneigées, des lions de mer, des oiseaux ressemblant à des pingouins, le phare “Les Eclaireurs” (le nom est vraiment en français) et on s’est baladé sur l’île Bridges.

Quand je dis magnifique, c’est plus que ça… Et aucune photo ne pourra vous donner la sensation qu’on éprouve face à ces montagnes. Vous n’avez pas la choix, il va falloir venir voir par vous même ! J’ai rarement été autant émerveillée.

L’après midi, nous avons fait une randonnée dans les montagnes, au glacier Martial. Rien à voir avec Blue Mountains et là, c’est gratuit ! Ça fait plaisir de marcher dans la neige et encore une fois, c’est trop beau !

2h plus tard, on est de retour. Il n’y a pas de taxi en vue pour nous ramener en ville. Notre chauffeur pour l’allée nous avait dit de demander aux gens du restaurant d’en appeler un mais ils sont tous partis en congés annuels ! Il n’y a personne à part un groupe de trois personnes qui reviennent des montagnes. Je les vois se diriger vers leur voiture. C’est notre seule chance, je les suis et leur demande comment retourner en ville. “Pas de problème, on vous ramène”. Et voilà comment on retourne en ville, gratuitement. Ça fait du bien de retrouver des gens serviables.

Quand on se promène en ville, on se croirait presque en France. On s’y sent bien et en sécurité. Ambiance vacances à la montagne.

ushuaia oiseaux

Au 1er plan : nos deux amis rencontrés sur le chemin et pas du tout sauvages !

Le lendemain, on décide d’aller se promener au parc national. Il fait froid mais très beau : ciel bleu et soleil. Le bus nous dépose à 12h30. On a 4h30 avant le dernier bus qui pourra nous ramener et qui se trouve à 8km. On nous a dit qu’il fallait compter 3h de marche, on est large ! Et bien pas tant que ça… Avec nos pauses par ci par là et le fait qu’il faut finalement plus de 3h de marche… On arrivera pile à l’heure, avec une fin un peu stressante à courir à travers la forêt.

Une longue balade donc, plus de 3h de marche sur des jolis sentiers de forêt longeant le canal de Beagle.

Mais surtout, des paysages à nous couper le souffle ! Que d’émotion ! On en reste sans voix… Des vues panoramiques exceptionnelles.
Ça ne peut se décrire avec des mots, ça se vit. Si vous ne savez pas où passer vos prochaines vacances… Bon, c’est vrai, c’est un peu loin…

Les photos sont belles mais ce n’est rien à côté de la réalité. On ne peut pas se rendre compte de l’immensité des montagnes et de toute la beauté du cadre. Même les couleurs sont plus fades. A croire qu’on ne peut capturer ces paysages ! D’habitude les cartes postales sont plus jolies que la réalité mais là c’est l’inverse.

On ne peut qu’admirer de ses propres yeux. C’est ce qu’on a fait et on repart avec des images merveilleuses plein la tête.