L’après coup d’un long voyage

Bon alors “long” est assez relatif, car on n’est pas parti 3 ans, même pas 6 mois !

Pourtant pendant ces quelques mois de voyage, on a plus d’anecdotes à raconter que dans les 7 qui viennent de s’enfiler !

Il y a exactement 1 an jour pour jour, on était dans l’avion direction Mexico DF et je voulais profiter de cette date symbolique pour faire un petit retour sur l’après voyage.

Je me rappelle encore très bien du moment au retour en France lorsque j’ai laissé Manon à la gare de “Paris gare de Lyon”, et que je m’engageais vers celle de Bercy. Ça faisait presque 5 mois qu’on ne s’était pas quitté. Qu’on n’avait pas passé 1h séparés.

Le voyage défilait dans ma tête, j’étais content de rentrer en France, j’avais besoin de faire une pause.

Ça a duré quelques jours. 5-6 peut-être. Puis j’ai eu à nouveau l’envie de repartir. J’étais assez reposé. Je pensais déjà à nos futurs voyages, enchainer Costa Rica et Nicaragua sur 5 ou 6 semaines. A chaque situation du quotidien je voulais placer des mots espagnols, le français restait en arrière plan. Avec Manon on s’est même amusé à parler espagnol plutôt que français (et ça arrive encore), ne plus l’entendre nous manquait. Télé espagnole, radio, bref, tout était bon pour s’imprégner, j’avais besoin de me replonger dans tout ça.

Replonger dans les photos, assembler les diaporamas n’a fait qu’entretenir ce manque. Oui “manque”, car environ 2 semaines après le retour, je ressentais un coup de déprime clair et net. La nostalgie était trop forte.

retour-carte-ushuaia

Là où nous avons été le plus émerveillé

A de nombreuses reprises j’avais entendu dire qu’il fallait se poser au moins un bon mois au retour d’un voyage comme celui que nous venions de faire. J’espérais donc que ce sentiment passe un peu 5 ou 6 semaines après le retour.

Mais en fait non. La nostalgie et le manque étaient toujours présents plusieurs mois plus tard. Quatre mois après notre retour, jeter un oeil dans le coin de la pièce et aperçevoir mon sac de voyage, cette maison que j’ai eu pendant 5 mois, me provoquait un sentiment de vide immense. Je savais que ce soir je n’allais pas galérer pour savoir où dormir, que j’aurai une douche chaude mais ces aléas pas toujours joyeux en voyage me rendaient triste à cet instant, dans notre confort occidental ; je n’allais pas rencontrer d’autres cultures, je n’allais pas “vivre” comme je pense que nous le devrions plus souvent.

Il aura fallu personnellement 6 bons mois pour que je ne sois pas pris aux tripes en posant les yeux sur mon sac. C’est long 6 mois. Quant à la nostalgie, elle est toujours là, et trés fréquemment il me passe par la tête des lieux ou des personnes croisés durant le voyage. Ça a un côté magique de pouvoir se rappeler d’une ville ou d’une auberge particulière en fermant les yeux, s’y re-promener.

Chacun vit le retour différemment, Manon l’a vécu d’une façon quasi opposée à moi, elle n’a pas eu ce manque que j’ai eu, et n’a ressenti de la nostalgie que plusieurs mois après le retour.

Je n’ai honnêtement aucune idée de comment on peut gérer cette sensation au retour. C’est juste un poids que certain doivent encaisser et gérer comme ils le peuvent apparemment…

Le grand départ

– “Vous êtes drôlement équipés, vous allez au bout du monde comme ça ?” Nous lança une femme sur le quai de gare.
– “Oui, on va à Ushuaia !”

Ça, c’est fait, le ton était donné.

Manon a la poisse : les trains qu’elle prend ont toujours du retard. M’enfin c’est encore plus embêtant quand je suis avec elle. Je subis sa poisse. C’est ainsi qu’après un gros au revoir aux dernières personnes étroitement liées à notre zone de confort (mes parents quoi) notre premier transport aurait 20 minutes de retard en gare de Paris dû à un suicide sur la voie…. euh… pardon, “accident de personne”.

A partir de ce moment, nous serions collés l’un à l’autre 7j/7, H24, 60 min/H, sauf aux toilettes.
Et c’est sur ce début de poésie que nous sommes arrivés à Paris, main dans la main, avec nos sacs respectifs de 14 et 11 kg dans le dos.

Histoire de se mettre en jambe et tester nos capacités physiques dans une des villes les plus polluées de France, on décidait de se taper un petit km à pied pour rejoindre un car qui nous amènerait approximativement à notre hôtel. Un car et une navette plus tard, nous étions 3 glands à l’aéroport en train d’attendre un bus censé nous déposer devant notre hôtel, jusqu’à ce qu’un chauffeur de bus nous dise que l’hôtel était à 400m, juste de l’autre côté du bâtiment derrière nous. Bien bien. Finalement 2h après être arrivé à Paris, on était avachi sur le lit de l’hôtel, enfin, surtout moi.

Au passage, l’hôtel tenta de nous mettre un petit surplus de 25€ sur la note. Bien tenté, mais non merci.

Réveil programmé à 7h30, réveillés à 6h30, on était pas du tout anxieux de prime abord.

Enregistrement des bagages.
J’ai souvenir d’une file d’attente, au bout de laquelle on échange avec un agent d’accueil qui nous file les billets d’embarquement et enregistre nos bagages. Mais ça, c’était avant, avec d’autres compagnies aériennes.

Manon, qui n’avait encore jamais pris l’avion, avais déjà une mauvaise intuition en voyant à côté de la file d’attente (que nous pensions encore être la seule… Ah ah… Mon cul) des rabins priant bruyamment.
“Je les sens pas regarde tout ce groupe. Ils me font peur”
“Mais non ma puce, les juifs sont pacifiques, regarde devant l’appart de Mag y’a une cynagogue et jamais de problème”.
Face à cet argument bidon elle se résigna.

Arrive alors le système des multiples files d’attentes incluant la probable arnaque que nous avons subis. On arrive à un guichet où l’hôtesse nous demande si nous avons déjà rempli le formulaire Esta, permettant d’accéder aux USA.
– “Non mais on est juste en transit, on ne franchit pas la frontière, on reste 2h en zone d’embarquement et on re-décolle nous”
– “Il faut remplir le formulaire en ligne pour poser un pied sur le sol de Dallas”
– “Et là tout de suite c’est possible de poser ma main dans votre gueule ?”

Bien sûr cette dernière phrase a été ajoutée ici, et on a du s’acquitter de 28€ Et perdre 15 minutes pour cette connerie de formulaire. Aaaaaah les états-unis ! Quel merveilleux pays aux règles merveilleusement merveilleuses ! … Escrocs !

On retourne donc voir l’autre escroc qui nous demande alors nos métiers “Microbiologistes, expert en prépararation de bombes bactériologiques” Next. (Je vais pas vous le préciser à chaque fois, mais vous comprendrez – je l’espère – quand je vous ajoute ce que je pense très fort au fond de moi, ce qui sera tout de même en italique. On ne sait jamais.). Au passage on voit qu’elle a accès à tous nos trajets programmés, et nous les énumère : Mexico, Jamaïque etc. “Ouais, et y’a même pas les USA t’as vu ?

Deuxième file d’attente… Pour passer 5 minutes sur des automates qui nous délivrent des bouts de papiers faisant offices de billets d’embarquement.

Troisième file d’attente : les bagages ! ENFIN ! C’est pas que c’est lourd mais bon, plus vite on s’en débarrasse mieux c’est ! 14,6 et 11kg. Sous la barre des 15, on est bon !

Je ne sais pas si le système est généralisé sur d’autres compagnies American airlines, mais encore l’an dernier je ne me tapais qu’une seule file à CDG, et ça allait plus vite. Manon se sentait complètement perdue à ne pas forcément comprendre ce qu’on faisait où et pour avoir quoi. Et l’avis de quelqu’un de novice me paraît toujours bon à prendre en compte pour le retour utilisateurs/passagers.

Viens ensuite le moment du passage en zone d’embarquement, le monde sans taxe. On passe tous les deux sans biper (je vous donne aussi des trucs positifs dans notre aventure, faut pas croire !) mais la gourde de Manon pose soucis (retour à la réalité !)
– “Ne bougez pas, on va analyser le liquide”
– “Ben c’est de l’eau qu’on a pris à l’hôtel juste pour petit déjeuner en zone duty free, elle sera donc vide ensuite”
Elle se barre à gauche…. Puis à droite… Puis va voir une de ses collègues. Puis au bout de 30 longues secondes sa collègues vient vers nous.
– “Hello”
– “Salut, on parle français, on a des gueules de ricains sérieux ?”
– “Oui monsieur on va analyser le liquide, merci de patienter un instant”
– “Ok, et sinon votre collègue elle faisait quoi depuis 1 min là ?

On s’assoit. Elle part à gauche, elle part à droite, retourne à gauche.
“Hey regarde Manon, ta gourde voyage plus que toi !”
Elle part à droite, revient vers nous :
– “Avez-vous des enfants Monsieur ?”
– “Non”
– “Parce qu’en cabine ça ne va pas être possible d’emmener ça.”

Réponse 1
– “Quoi ? Notre suspension de Staphylocoques aureus MET-R ne passera pas ? Nos plans ont échoué, on se rend.”

Reponse 2 (la vraie)
– “Ben c’est de l’eau qu’on a pris à l’hôtel juste pour petit déjeuner en zone duty free, elle sera donc vide ensuite, vous communiquez avec vos collègues ?

Bref. Elle a vidé la gourde d’eau, on a dû la remplir juste après aux chiottes. 10min de perdu pour ça.

Arrivé sur la passerelle d’embarquement, Manon percute qu’on arrive dans l’avion, le vrai, pas celui sur le fond d’écran de ma madre, et fort heureusement tout s’est bien passé, let´s go to Mexico !