La blancheur de Sucre garde nos billets

Le vendredi 11 juillet 2014 le bus nous dépose -en avance, si si- au terminal de la ville de Sucre. C’est important de préciser “la ville de” Sucre, sinon vous n’allez rien comprendre à ce que j’écris. Bref, on avait pas mal entendu parler de cette belle ville, pourtant malgré avoir traversé la ville pour atteindre le terminal, ça paraissait relativement moche, mais ne nous arrêtons pas sur la première impression, on a déjà été étonné !

On trouve rapidement un taxi qui, pour 1€, nous dépose à l’auberge conseillée par la précédente auberge -on aime bien se faire conseiller, ça porte ses fruits pour le moment-.
– “y’a le chauffage ?”
– ” non, mais vous aurez pas froid”

Arf, on s’est fait enfler ! On se barre ? Allez testons ! Et effectivement, dans le Sucre il ne fait pas si froid, avec une couverture ! L’auberge est remplie de français. Jusqu’à présent dans chaque endroit où on dort on en croise, un envahissement ! Ah mais c’est les grandes vacances c’est vrai… Ça doit pas aider !

Bon et sinon, y’a quoi à faire ici ? On passe notre samedi à visiter la ville, grande nouvelle, le Sucre, c’est blanc.
– “Ouais Kévin mais en fait le sucre à la base c’est roux et il faut le purif…”
– “BLA BLA BLA !”
La ville a de beaux monuments de l’époque coloniale qui sont très blancs. Vu la fumée noire dégagée par les bus de ville à chaque démarrage, on comprend pas trop comment ils peuvent rester aussi blanc d’ailleurs. À sucre on ne trouvera pas d’office du tourisme, entre ceux indiqués qui sont fermés, et ceux qui n’existent simplement plus, heureusement l’auberge sera de bon conseil. On repère une petite expédition pour notamment voir les plus grandes traces de dinosaures de la planète. Ça paraît cool, mais le dimanche ils ne la font pas car l’excursion inclue un passage vers une cascade, or le week end, je cite “c’est dangereux car les gens qui y vont boivent” et visiblement pas l’eau de la cascade. Bref, on est censé repartir le dimanche, donc on abandonne l’idée.

Ma blancheur histoire de me camoufler. Le sac rouge me perdra...

Ma blancheur histoire de me camoufler. Le sac rouge me perdra…

On se dirige vers un distributeur de billets, ceux de la banque nationale de la Bolivie. Vous vous dites que si je donne autant de détails c’est que ça sent pas bon. Et en effet. On entend les billets s’agiter. Un gamin rentre avec une glace dans la cabine *coup de pied au cul*.
“Vous pouvez retirer votre carte et prendre les billets et le reçu”. Je prends la carte.
Euh Manon, tu vois les billets ? Ils sont transparents ? Et le reçu ?
“Merci de votre visite.”

PUTAIIIIIIIIIIIIIIIN !

On sort, le gars juste après nous subit le même problème, mais a un reçu qui confirme que son compte à bien été débité malgré l’absence de billets. Le gars appelle le numéro d’urgence sur la cabine, ces derniers lui disent d’aller en agence lundi pour régler ça.

Ouais mais nous on voulait partir demain (dimanche) ! Or on ne peut plus retirer en banque, on a testé et on a atteint notre limite hebdomadaire et quotidienne. PUT@!N !

La soirée on fera des pieds est des mains pour avoir plus d’infos mais on devra se résoudre à patienter jusqu’à lundi !

Le dimanche on glande. Enfin, j’exagère, on décharge nos appareils de photos et vidéos, et vu la connexion ici, c’est long. En parallèle, on assistera à la finale de foot, et oui, nous c’était l’après midi 😉 Étonnant pour des non footeux comme nous : on aura vu par pure coïncidence le premier et dernier match de ces comédiens.

Lundi, au taquet, on attaque la banque. On est des acharnés croyez moi. Nous occuperons l’hôtesse d’accueil pendant plus de 30 minutes. Elle veut des preuves du débit, et quand bien même nous explique qu’il faut aller voir ATC, ceux qui gère les automates, et que notre banque parle avec eux. MAIS PUTAIN C’EST VOTRE AUTOMATE À VOUS QUI GARDE NOTRE TUNE EN OTAGE ! Bref, elle veut des preuves, on repart, le temps de choper un wifi, charger le relevé de compte, et hop, on repart à l’attaque. “Et ça, ça le fait ? Numéro de transaction, numéro de carte de crédit, montant en bolivianos et en euros de l’argent tant désiré”. Bon, dépassée, elle va voir sa supérieure, celle-ci nous explique un peu la même chose, mais nous dit qu’un tel problème se passe régulièrement ( LOL ?) et qu’il se règle en environ 30 jours… minimum (RE-LOL ?). Manon tente la carte du “On est bloqué ici, on a plus de tune, on doit payer l’hôtel qui n’accepte pas les CB etc..”. De mon côté je suis plus insistant sur le “Vous reconnaissez que c’est un problème régulier, on a les preuves du compte débité, vous savez que l’automate, ou plutôt la BOLIVIE à un soucis, et vous pouvez pas nous aider là maintenant ?”. Entre temps, le gars ayant eu le même soucis juste après nous au distributeur passe, et pour lui forcément, bolivien et de cette banque, ça se règle en 2 temps 3 mouvements.

Bref, on retire au guichet les derniers bolivianos que l’on peut tirer, puis on fonce juste en face au fameux ATC, ceux qui gèrent les distributeurs.
5 minutes pour trouver cette enseigne, dissimulée dans une ruelle. C’est vicieux. On frappe, ça répond pas. Je m’impatiente et frappe encore et encore. J’entends quelqu’un derrière la porte. Ça m’énerve, mais c’est peut être la pause déjeuner vu qu’il est 13h50, ils peuvent pas le dire ? Bon, on va faire preuve de patience et aller manger également. On revient à 14h45, frappe, porte fermée, mais j’entends toujours quelqu’un derrière. Je peux vous dire qu’à ce moment on a sérieusement envie de défoncer la porte. “HOLAAAAA, POR FAVOR !” Non ? Tu m’entends pas ?  Dix secondes pour se ressourcer, et je bombarde la porte, BOM BOM BOM BOM BOM BOM BOM BOM. Clic. ENFIN !
La femme nous annonce qu’elle n’ouvre qu’à 15h et que [blablabla] et demande quel est notre problème. Elle nous fait entrer car nous voit bien assez insistants et paniqués, bien que paradoxalement la voix posée et calme. N’allez pas vous imaginer que durant nos insistances ont était énervé, on est toujours resté très courtois et calme, il paraît que c’est mieux pour être écouté, et de toute façon si on s’énerve on n’arrive plus à parler espagnol !

Si seulement trop de câbles pouvait tuer les câbles...

Si seulement trop de câbles pouvait tuer les câbles…

Bref, la femme prend notre CB, appelle un de ses collègues qui lui confirme que point d’argent ne fut délivré, et que tous les retraits ont été rejetés. Mais alors pourquoi notre compte fut débité ? La femme nous explique que c’est dû aux problèmes de connexions en Bolivie (suffit de voir la lenteur d’Internet pour comprendre). Inimaginable qu’une telle erreur puisse se produire. Au pire dans l’autre sens : on a de l’argent mais le compte n’est pas débité ! On peut rêver non ?

On ressort à moitié soulagé, j’envoie un message à notre banque pour régler ça au plus vite (on y croit en tout cas). Le problème majeur ici, c’est que ce retrait tape dans notre limite hebdomadaire sans qu’on ait pu avoir l’argent. Et ça, ça va nous suivre pour la suite de la Bolivie.

Il est 15h et on a remarqué entre temps que le site archéologique Carl Orcko -les empruntes de dinosaures- était à 5km du centre. Inutile de prendre une excursion pour ça, on prend un bus de ville et on s’y rend. Au début ça nous impressionne un peu, on commence à être émerveillé, et puis en fait c’est déjà la fin. Le parc est très petit, ce qui engendre une grosse déception, et les empruntes sont lointaines, sur un mur vertical situé à 150m. Donc obligé de regarder avec des jumelles, et encore, on ne se rend plus compte de la véritable taille ! Bref, moi qui suis un peu fanatique de ce genre de parc et lieu, je suis déçu. Manon qui n’était pas très chaude pour y aller s’attendait à un truc moyen, mais sans plus : elle est encore plus déçue ! Au moins on n’aura pas de regret, on l’a vu de nos yeux.

Il faut savoir qu’il y a dans la ville de Sucre énormément de SDF qui mendient. Ceci pourrait être triste, et ça l’est en réalité, mais la première fois qu’on a croisé une femme assise on a explosé de rire, intérieurement. Pourquoi ? Parce qu’elle ne nous a pas interpellés genre “une petite pièce svp” mais plutôt “aaaaaaaeuuuuuuuuaaaaaaaa”. Véridique. Ici, ils se font passer pour des gros bébés. Après, ils parlaient peut être une langue obscure (le bébé ?) d’où notre incompréhension. Tous les SDF -ou presque- qu’on croisera ici feront de même.
Ça nous fait sur le fond toujours de la peine de voir des SDF, alors le dernier jour ici, j’ai l’idée de leur donner des bonbons. J’en mets dans la poche, et à chaque fois que je croise un SDF qui quémande, hop, un bonbon. Jusqu’au moment où j’aperçois une femme qui n’a pas de dents. Euh… Bon… Ça ferait vraiment gros con de lui filer un bonbon -type RÉGALAD- à mâcher, non ? Dorénavant je vérifierai si ils en ont !

La devise bolivienne, digne des 3 mousquetaires

La devise bolivienne, digne des 3 mousquetaires

Revenons sur ce dernier jour à Sucre. Nous sommes le mardi 15 juillet 2014 et nous allons commencer cette journée avec un événement de plus en plus récurrent ici, les gens qui font semblant de ne pas nous comprendre.
Au petit déjeuner, la serveuse apporte des crêpes avec du Dulce de Leche dessus, sauf qu’elles sont à base de banane, ce que Manon n’aime pas. Elle demande donc à en avoir sans banane.
– “Pas de soucis, si vous voulez je vous en apporte avec des pommes”
– “Parfait merci !”, s’enthousiasme mon amoureuse.
Elle revient 5 minutes plus tard avec une crêpe à la banane sans Dulce de Leche. Manon lâche prise. La femme avait très bien compris que le problème c’était la banane. Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, où ce n’est clairement pas une faute d’attention, et pas une incompréhension, je vous l’assure.

La suite de la matinée on va voir notre opérateur local, car la sim qu’on a acheté ne fonctionne toujours pas. L’opératrice pense d’abord que c’est la faute au téléphone qui n’est pas enregistré sur leur réseau, elle le fait donc, ça ne change rien. Après 30 minutes on a le verdict : notre téléphone ne supporte pas la carte 4G. C’est balo dit donc. Du coup elle nous en donne une 2G, mais nous dit qu’il faut revenir en fin d’après midi pour l’activer. Pas possible poulette, on part vers 17h de la ville !
– “D’accord, alors je vais vous l’activer dès que possible mais j’ai besoin de vous contacter ensuite pour vérifier qu’elle est bien active, et que votre crédit et numéro est bien transféré sur cette puce, à quelle numéro je peux vous joindre ?”
– “Ben si vous transférez tout sur la nouvelle puce, quand vous allez appeler ça va fonctionner non ?”
– “Ah oui, que je suis sotte”

Bref, j’écris ces lignes 48h plus tard et rien ne fonctionne. Jamais vu un tel bordel pour avoir un téléphone. M’enfin bon dans 2 semaines on ne sera plus en Bolivie, ne nous cassons pas -plus- la tête !

La suite va être une course à la montre, et ça arrive très vite ! 😉

Les SDF et la ville de Port Antonio

Le soir, on a pris l’habitude de se balader en ville, manger un bout -à 7€ pour 2 ça vaut le coup- faire un tour dans un cybercafé, mais également de se taper les SDF et autres racauleurs.

Si au début ils sont toujours gentils à parler de tout et n’importe quoi, au bout de 5-10minutes ils deviennent vite insistants à nous demander subitement de l’argent. S’en débarrasser nécessite de la spontanéité et de l’originalité. Mais ça fonctionne plutôt bien. Un soir on retombe sur un “jeune physiquement” (on lui donnerait 23 mais il a 35 en réalité) que l’on avait déjà vu un autre jour. Après lui avoir répété que nous n’étions pas des portes-monnaies percés ambulants, on va au cyber café du coin, et en ressortant on se dirige vers un snack pour combler notre faim. À peine posé, voilà que j’entends “Hey doctor, hey french, hey France”, le jeune “vieux” est à la porte du snack. Je lui fais signe de venir. Il dit qu’il ne peut pas entrer, qu’il n’a pas le droit, alors je lui fais signe de nous laisser tranquille car là on mange, mais il insiste et continue de nous appeler. Je dis à Manon de l’ignorer. Au bout de 2 min, c’est une femme du snack qui le vire de devant la porte.

Si je raconte ça, c’est parce que ce genre de situation n’est pas facile à gérer. D’ailleurs on le vit différemment avec Manon. D’un côté Manon serait plutôt sur la pitié, à lui donner un bout de notre nourriture. Car un minimum d’empathie nous prend et sur le fond il fait de la peine, on est humain. D’un autre côté, on n’est pas mère Thérèsa, je ne viens pas ici pour filer de la bouffe et claquer notre argent à tout ceux que je croise, car soyons cohérent, soit on donne à tous, soit aucun. Car comment faire du favoritisme, pourquoi donner à l’un et pas à l’autre ? Ce soir là je me dis qu’on est à Port Antonio depuis 4j et pour encore autant, il est 22h, y’a des SDF tous les 20 mètres dehors, la pauvreté est présente partout, et si je lui donne quoique ce soit, demain lui et 2 de ses potes reviendront. On était une dizaine dans le restau, il ne nous demande qu’à nous, pas aux autres -aux jamaïcains-, seulement aux 2 blancs, qui ne passent d’ailleurs pas inaperçus sur ce côté de l’île où l’on ne croise aucun touriste. Bref, le gars on lui dit qu’on travaille dans la biologie, et j’insiste volontairement en disant qu’on est des simples techniciens de base, tout pourris, et qu’on voyage avec le moins d’argent possible, et il résume ça à “docteur, blancs, argent”.

Plus haut je vous disais qu’on se baladait en ville, mais à quoi ressemble t-elle ? Car ça vaut le coup d’œil.
Je ne sais même pas par où commencer. Ah si. Déjà, Port Antonio c’est la plus grande ville du Nord-Est de la Jamaïque, yeah man ! C’est aussi les rues les plus pourries qu’on n’a jamais vues pour une ville, yeah man ! C’est également une ville où à chaque coin de rue y’a une voiture, un bar, ou une maison qui a la sono à fond pour nous faire partager sa musique, yeah man ! Manon a été pas mal choquée par l’effet bidonville, route pourries que dégage la ville. Les toits sont du style à s’envoler à la prochaine tempête. Les façades sont pourries, bref, une photo parle très bien pour ce qui est du visuel du centre ville -en-tête de l’article compris-

une allée typique du centre ville de port Antonio

une allée typique du centre ville de port Antonio

Personnellement, je trouve juste cette ville typique, c’est le côté jamaïcain, le vrai, non développé pour accueillir des tonnes de touristes, ce qui explique que l’on puisse être déconcerté si on s’attend à trouver des rues bitumées en centre ville, des trottoirs et des bâtiments non vétustes aux couleurs assorties. Le côté ordures qui traînent et les odeurs d’égouts sont parfois gênantes. Pour vous transporter pas le choix : taxi ou minibus que vous appelez depuis le bord de la route. Les prix sont aléatoires, donc si vous arrivez tout juste ici, vous vous ferez avoir si personne ne vous prépare aux tarifs approximatifs pratiqués habituellement pour telle ou telle destination -notre exemple pour aller à Blue Lagoon le premier jour est parlant, payer 350 chacun au lieu de 100-

Port Antonio est au bord de la mer des Caraïbes, pourtant, ses seules plages sont minuscules et soit rocheuses, à cailloux, soit à sable noir avec des ordures flottantes. Seule exception : la petite plage qu’on a trouvé par hasard à la périphérie est de la ville ; et encore, au bout de 3 mètres dans l’eau on avait des roches sous les pieds, et au bout de 10 mètres des algues. On est loin des plages idylliques comme celle de Long Bay.

Néanmoins, il faut préciser que Port Antonio est une ville paisible. Sûrement le fait qu’il y ait le poste de police en plein centre, c’est pourquoi on se permettait d’y passer le soir -je rappelle qu’il fait nuit à 19h15 ici !-

Si vous voulez vous faire votre propre idée de la Jamaïque, au delà des livres, reportages et blogues, je vous conseille vraiment de passer quelques temps dans cette ville, cette atmosphère, très différente des grosses capitales de type Kingston.