Suite et fin à Port Antonio

Dimanche 11 mai 2014

Rastaman nous a parlé d’une randonnée sympa à faire dans le coin. Sauf que le mot “randonnée” nous rappelle direct Blue Mountains (pour ceux qui ont lu l’article, vous comprendrez que ça nous fait peur). Rastaman nous affirme que c’est tranquille et pas aussi dur que Blue Mountains (qu’il connaît bien, pour l’avoir fait plusieurs fois). Plus qu’un détail à vérifier, le prix : 40€ pour nous deux… Un peu cher mais ça rentre dans notre budget et comme on ne dépense pas beaucoup depuis quelques jours, pourquoi pas ! Direction donc “Treager falls clear spring”.

Rastaman appelle son frère qui va nous accompagner. On fait donc la rencontre de “Spaceman” (il se présente sous ce nom), un peu plus jeune que son frère et rasta également. Ils nous font rire avec leurs surnoms. J’avais envie de dire “et nous on s’appelle Spiderman et Catwoman”, non sérieusement, c’est étonnant de se faire appeler Spaceman.

Mais revenons à la balade : 1h de marche à travers la jungle, passant par un ruisseau dont les pierres sont extrêmement glissantes. On ne s’attendait pas du tout à ça. Ce n’est pas une balade tranquille. Pas de sentier, Rastaman nous fraye un chemin avec l’aide de sa machette. On escalade, on enjambe des troncs d’arbres, on glisse sur des rochers. On avance lentement parce que chaque pas est dangereux. Même en faisant attention, Rastaman est tombé deux fois et moi une fois, ouille ! Mais rien de cassé.

On croise un énorme cochon qui se baigne dans la boue dans le lit de la rivière, des tout petits oiseaux verts (exactement le même vert que les feuilles des arbres, faut avoir l’œil pour les voir) et des araignées.

On atteint finalement le but de la balade : une cascade. Pas très impressionnante. Quand il pleut beaucoup, le débit est plus fort mais là elle est très petite. C’est beau mais on a vu mieux et tout comme Blue Mountains, ça nous embête de payer pour voir ce genre de chose. Se balader dans la nature c’est sympa mais ça devrait être gratuit…chutes rasta

On se pose au bord de l’eau, Rastaman nous coupe un fruit avec sa machette, je trouve ça bon mais Kévin n’aime pas, trop acide pour lui. Au niveau du goût, ça se rapproche de la mangue, fruit très présent en Jamaïque et au Mexique, tout comme la banane. (J’adore les fruits… sauf les bananes et les mangues…Tant pis pour moi.)

Pendant que Kévin tente de crapahuter de l’autre côté de la cascade (qu’il n’atteindra pas à cause de la présence d’un trop grand nombre d’araignées), Rastaman me dit -en traduisant mot à mot- : ” quand vous serez mariés, il faudra que tu donnes des enfants à Kévin”. Oui… Déjà qu’il a expliqué à Kévin ce qu’il faut me donner à manger et quand me faire l’amour pour avoir plus de chance d’avoir des enfants, je crois qu’on a reçu le message, faisons des enfants (c’est prévu mais pas en Jamaïque). Ensuite je n’ai pas trop compris (j’ai toujours du mal avec l’anglais et j’étais seule avec lui), il m’a demandé la pointure de chaussures de Kévin, ce à quoi j’ai répondu “42” et suite à cette réponse, il m’a dit que c’était très bien, qu’il fera un bon mari pour moi… Ai-je bien compris la question ?! Bref, conversation un peu tordue…

Après une demie heure de pause, on fait le chemin inverse mais Rastaman nous fait passer un peu plus dans la montagne pour éviter la rivière trop “patinoire”. Du coup, c’est un peu plus facile mais toujours aussi sportif.

On attend un moment pour trouver un taxi. En fait, il faut attendre au bord de la route et espérer qu’il y en ait un qui passe… Et il y a très peu de voitures qui circulent. On se retrouve dans un mini bus, serré ou plutôt écrasé les uns contre les autres.

Le prix de cette journée : on a payé la part de taxi pour nous et les deux frères (5€); et 40€ pour eux, pour avoir été nos guides. Rastaman le mérite, il m’a souvent aidée et nous a ouvert la route. Heureusement qu’il était là. Mais son frère en revanche ne nous a pas parlé, a emprunté son propre chemin à l’allée et au retour, on ne l’a pas vu ! À la pause, il s’est assis loin de nous. En gros, on ne s’est pas rendu compte qu’il était là, il s’est fait balader et on doit le payer… Au final, un peu cher la balade qui n’en valait pas tant la peine.

Lundi 12 mai 2014

C’est l’anniversaire d’une personne qui lit régulièrement notre blogue, elle se reconnaîtra 🙂

Ça fait un moment qu’on parle de Long Bay, à chaque fois qu’on devait y aller, l’un de nous était malade, on a perdu 3 jours et finalement on y a passé la meilleure journée de notre séjour. Du coup, on aurait voulu y retourner plusieurs fois. Si on pouvait remonter le temps, on irait à Long Bay plutôt que faire la randonnée de la veille mais bon… Il nous reste aujourd’hui pour en profiter une dernière fois.

Tout est contre nous : on est lundi et le lundi en Jamaïque, coupure d’eau à partir de 19h donc ne pas rentrer trop tard pour les douches. On pense y aller tôt mais il pleut tout le matin. Ensuite mal au ventre pour moi puis au tour de Kévin et finalement encore moi. Tant pis je n’écoute pas mon corps, j’ai décidé d’y aller, rien ne nous y empêchera… ni la pluie, ni le mal de ventre, ni même le taxi qui n’arrive pas à démarrer (pendant 10 minutes) ! Re mal de ventre rapide quand on arrive à Long Bay puis la poisse disparaît.

1h de baignade à s’amuser avec les énormes vagues, parfois un peu trop fortes… Je me suis fait peur plusieurs fois, à me retrouver emportée, à rouler dans la vague. Certaines nous claquent violemment le dos et tentent de nous deshabiller. Mais j’avais anticipé ce dernier point et mis un maillot de bain une pièce.

À peine sortis de l’eau, un gars qui avait dû nous repérer, vient nous accoster pour qu’on vienne manger dans son restau. Mais nous on s’en fout, il nous reste 20min avant de rentrer, on a retrouvé nos âmes d’enfants, on veut faire un château de sable. Bon, en 20min il n’est pas top, je suis sûre que je me débrouillais mieux petite, le manque d’habitude sûrement, des capacités qu’on ne pense pas à entretenir…

On arrive à temps pour la douche et le repas que Rastaman nous a préparé.

Le lendemain, c’est le depart. Pendant qu’on savoure le dernier petit déjeuner que Rastaman nous a préparé, il nous tend deux belles ceintures aux couleurs rasta qu’il a fabriqué lui même et qu’il nous offre. Quelle surprise, dans un pays ou rien est gratuit… il doit bien nous aimer et c’est réciproque… On n’a rien à lui offrir en retour mais on compte lui envoyer des photos quand notre voyage sera terminé. Ce qui n’est pas pour tout de suite !

Un bus de 2 heures et un taxi plus tard, nous voilà de retour à Kingston, plus précisément à Kingsworth, le même hôtel que pour notre arrivée, perdu dans les montagnes et rempli de chats 😀

2 nuits et une bonne journée pour nous ressourcer dans ce petit coin de paradis avant de nous envoler vers notre prochaine destination, la Terre de feu… Ushuaïa !

Les SDF et la ville de Port Antonio

Le soir, on a pris l’habitude de se balader en ville, manger un bout -à 7€ pour 2 ça vaut le coup- faire un tour dans un cybercafé, mais également de se taper les SDF et autres racauleurs.

Si au début ils sont toujours gentils à parler de tout et n’importe quoi, au bout de 5-10minutes ils deviennent vite insistants à nous demander subitement de l’argent. S’en débarrasser nécessite de la spontanéité et de l’originalité. Mais ça fonctionne plutôt bien. Un soir on retombe sur un “jeune physiquement” (on lui donnerait 23 mais il a 35 en réalité) que l’on avait déjà vu un autre jour. Après lui avoir répété que nous n’étions pas des portes-monnaies percés ambulants, on va au cyber café du coin, et en ressortant on se dirige vers un snack pour combler notre faim. À peine posé, voilà que j’entends “Hey doctor, hey french, hey France”, le jeune “vieux” est à la porte du snack. Je lui fais signe de venir. Il dit qu’il ne peut pas entrer, qu’il n’a pas le droit, alors je lui fais signe de nous laisser tranquille car là on mange, mais il insiste et continue de nous appeler. Je dis à Manon de l’ignorer. Au bout de 2 min, c’est une femme du snack qui le vire de devant la porte.

Si je raconte ça, c’est parce que ce genre de situation n’est pas facile à gérer. D’ailleurs on le vit différemment avec Manon. D’un côté Manon serait plutôt sur la pitié, à lui donner un bout de notre nourriture. Car un minimum d’empathie nous prend et sur le fond il fait de la peine, on est humain. D’un autre côté, on n’est pas mère Thérèsa, je ne viens pas ici pour filer de la bouffe et claquer notre argent à tout ceux que je croise, car soyons cohérent, soit on donne à tous, soit aucun. Car comment faire du favoritisme, pourquoi donner à l’un et pas à l’autre ? Ce soir là je me dis qu’on est à Port Antonio depuis 4j et pour encore autant, il est 22h, y’a des SDF tous les 20 mètres dehors, la pauvreté est présente partout, et si je lui donne quoique ce soit, demain lui et 2 de ses potes reviendront. On était une dizaine dans le restau, il ne nous demande qu’à nous, pas aux autres -aux jamaïcains-, seulement aux 2 blancs, qui ne passent d’ailleurs pas inaperçus sur ce côté de l’île où l’on ne croise aucun touriste. Bref, le gars on lui dit qu’on travaille dans la biologie, et j’insiste volontairement en disant qu’on est des simples techniciens de base, tout pourris, et qu’on voyage avec le moins d’argent possible, et il résume ça à “docteur, blancs, argent”.

Plus haut je vous disais qu’on se baladait en ville, mais à quoi ressemble t-elle ? Car ça vaut le coup d’œil.
Je ne sais même pas par où commencer. Ah si. Déjà, Port Antonio c’est la plus grande ville du Nord-Est de la Jamaïque, yeah man ! C’est aussi les rues les plus pourries qu’on n’a jamais vues pour une ville, yeah man ! C’est également une ville où à chaque coin de rue y’a une voiture, un bar, ou une maison qui a la sono à fond pour nous faire partager sa musique, yeah man ! Manon a été pas mal choquée par l’effet bidonville, route pourries que dégage la ville. Les toits sont du style à s’envoler à la prochaine tempête. Les façades sont pourries, bref, une photo parle très bien pour ce qui est du visuel du centre ville -en-tête de l’article compris-

une allée typique du centre ville de port Antonio

une allée typique du centre ville de port Antonio

Personnellement, je trouve juste cette ville typique, c’est le côté jamaïcain, le vrai, non développé pour accueillir des tonnes de touristes, ce qui explique que l’on puisse être déconcerté si on s’attend à trouver des rues bitumées en centre ville, des trottoirs et des bâtiments non vétustes aux couleurs assorties. Le côté ordures qui traînent et les odeurs d’égouts sont parfois gênantes. Pour vous transporter pas le choix : taxi ou minibus que vous appelez depuis le bord de la route. Les prix sont aléatoires, donc si vous arrivez tout juste ici, vous vous ferez avoir si personne ne vous prépare aux tarifs approximatifs pratiqués habituellement pour telle ou telle destination -notre exemple pour aller à Blue Lagoon le premier jour est parlant, payer 350 chacun au lieu de 100-

Port Antonio est au bord de la mer des Caraïbes, pourtant, ses seules plages sont minuscules et soit rocheuses, à cailloux, soit à sable noir avec des ordures flottantes. Seule exception : la petite plage qu’on a trouvé par hasard à la périphérie est de la ville ; et encore, au bout de 3 mètres dans l’eau on avait des roches sous les pieds, et au bout de 10 mètres des algues. On est loin des plages idylliques comme celle de Long Bay.

Néanmoins, il faut préciser que Port Antonio est une ville paisible. Sûrement le fait qu’il y ait le poste de police en plein centre, c’est pourquoi on se permettait d’y passer le soir -je rappelle qu’il fait nuit à 19h15 ici !-

Si vous voulez vous faire votre propre idée de la Jamaïque, au delà des livres, reportages et blogues, je vous conseille vraiment de passer quelques temps dans cette ville, cette atmosphère, très différente des grosses capitales de type Kingston.