Hassi Labied et les portes du Sahara

La route fut longue en ce vendredi 26 mai 2017, les premières heures contiennent de nombreux virages ce qui fera vomir la femme derrière moi à plusieurs reprises.

L’avantage d’être seul c’est qu’on est beaucoup plus enclin à aborder les autres, le Berber à côté de moi m’invitera d’ailleurs à dormir chez lui à Thingir si jamais je passe par sa ville en revenant du désert. Après qu’il soit parti, je ressens les inconvénients de la solitude, ou plutôt, une nostalgie s’empare de moi et me bouleverse profondément quand je me rends compte que 3 personnes devant moi sont des espagnols d’une part, et d’autre part que j’ai posé sur le siège vide à mes côtés le petit sac à dos de Manon que j’ai emprunté pour ce voyage, posé là comme si elle allait revenir d’un moment à l’autre. Les 6 dernières heures de ce voyage de 13h furent donc difficiles émotionnellement.

J’arrive à 21h30 à Hassi Labied, là où m’attend Lhoussin, un jeune berbère de 26 ans. On monte avec un de ses amis et après avoir déposé une asiatique en passant par des rues sombres, j’ai une poussée d’angoisse. La sensation que tout peu basculer d’un moment à l’autre, et tout basculera, dans un bon sens.

On récupère Aaron, un canadien qui était dans un cyber café. Puis on file vers la maison de Lhoussin, toute une partie est réservé aux hôtes. On partage de bonnes conversation avec Aaron, on est sur la même longueur d’onde c’est impressionnant. On mange ensemble un melon délicieux et des oranges que Aaron a acheté dans la journée. Lhoussin me montre la terrasse sur la maison d’hôtes, les étoiles sont justes impressionnantes. On décide au même instant avec Aaron de dormir sur le toit, où l’on s’installera rapidement. On échangera sur quelques pensées philosophiques pour s’endormir en contemplant la voie lactée se déplacer lentement.

Pendant ce temps, le Ramadan débute.

Le lendemain matin à 6h j’entends Aaron se lever pour partir prendre son bus, ce sera un bel au revoir à la personne qui aura su me montrer que je ne suis pas seul finalement.

Sur le coup des midi, alors qu’à l’ombre on affiche 41°C, je rencontre une française dans le seul restaurant ouvert dans cette petite ville. Elle revient tout juste d’une nuit dans le désert et on se rend compte qu’en fait c’est ma voisine de chambre. Nos échanges forts intéressants couplés à mes derniers retours de parts et d’autres me dessinent la suite du voyage : partir au nord du Maroc, à Fès. Au passage je goûte une spécialité : l’omelette berbère : oignon, œufs, tomates, épices. Simple et efficace.
(🎤 C’est la MAAF !)

Sur le coup des 17h, Lhoussin me prête un touareg (pas le monsieur, la tenue) et un turban, et voilà que j’embarque sur le dos d’un dromadaire (les chameaux, c’est en Asie).

Victoire ! Poutou président !

Victoire ! Poutou président !

1h environ pour rejoindre notre campement. On y dort, et le lendemain on est revenu. Voilà la version courte où vous loupez l’essentiel, mais honnêtement, même dans une version plus longue, l’essentiel est fait de sensation, et comme évoqué avec Aaron la veille “A same person in a same place at a different time will feel it differently”, alors vous pensez bien que des personnes différentes…

Le désert que j’ai vu était magnifique, la couleur n’est pas celle à laquelle je m’attendais, elle tirait sur l’ocre ici. Les courbures des dunes, la pureté du sable d’un lisse impeccable, le calme, d’un apaisement total.

La sensation d’être sur le chameau avec un berbère devant moi, sans personne d’autres autour. Magique.

Habillé en Touareg en haut d’une dune tout en regardant le soleil se coucher et ressentir un léger vent chaud passant sur le turban devant mon visage, indescriptible émotionnellement, je touchais presque le Nirvâna.

La nuit tombée, je montre aux autres touristes du groupe la voie lactée qui se dessine. On s’amusera avec l’une d’elle (ce n’était que des chinoises), ayant emmené tout son équipement photo à capturer de très beaux clichés. Du coup je reviendrai avec mon matos rien que pour ca 🙂

Un Kévin posé

Un Kévin posé

Une nuit avec la tête dans la voie lactée, un Tajin, de la musique berbère, j’ai pu tester mes talents au djembé et être filmé par nos chinoiseries : épique. J’échange pas mal avec un des berbères, Zafira (un homme) qui a la particularité de ne pas faire le ramadan, tout simplement car il veut “rester libre et n’avoir aucune religion”. Couché à 1h30, debout à 4h pour contempler le soleil se lever, à nouveau en haut d’une dune, seul avec ce désert au sable désormais glacé.

Dans la foulée nous rentrons à dos de chameau, et je petit déjeune avec Lhoussin… Enfin, pas “avec” au sens propre, plutôt en face de lui, Ramadan…

Good morning Morocco

Good morning Morocco

Sinon, le dromadaire, ça fait mal au cul, comme le cheval vous me direz, et vous avez raison. L’avantage est qu’en chameau il m’a paru facile de mettre les jambes du même côté pour éviter des douleurs post-équestre (post-dromadestre ?)

Je fais quelques rencontres Couchsurfing (Ingarr le Tchèque, 2 Belges me conseillant un CS a Fès). Le soir du 28 mai, je pars pour Fès avec un bus de nuit. Mon programme approximatif des 2 semaines vient officiellement de complètement changer !

L’après coup d’un long voyage

Bon alors “long” est assez relatif, car on n’est pas parti 3 ans, même pas 6 mois !

Pourtant pendant ces quelques mois de voyage, on a plus d’anecdotes à raconter que dans les 7 qui viennent de s’enfiler !

Il y a exactement 1 an jour pour jour, on était dans l’avion direction Mexico DF et je voulais profiter de cette date symbolique pour faire un petit retour sur l’après voyage.

Je me rappelle encore très bien du moment au retour en France lorsque j’ai laissé Manon à la gare de “Paris gare de Lyon”, et que je m’engageais vers celle de Bercy. Ça faisait presque 5 mois qu’on ne s’était pas quitté. Qu’on n’avait pas passé 1h séparés.

Le voyage défilait dans ma tête, j’étais content de rentrer en France, j’avais besoin de faire une pause.

Ça a duré quelques jours. 5-6 peut-être. Puis j’ai eu à nouveau l’envie de repartir. J’étais assez reposé. Je pensais déjà à nos futurs voyages, enchainer Costa Rica et Nicaragua sur 5 ou 6 semaines. A chaque situation du quotidien je voulais placer des mots espagnols, le français restait en arrière plan. Avec Manon on s’est même amusé à parler espagnol plutôt que français (et ça arrive encore), ne plus l’entendre nous manquait. Télé espagnole, radio, bref, tout était bon pour s’imprégner, j’avais besoin de me replonger dans tout ça.

Replonger dans les photos, assembler les diaporamas n’a fait qu’entretenir ce manque. Oui “manque”, car environ 2 semaines après le retour, je ressentais un coup de déprime clair et net. La nostalgie était trop forte.

retour-carte-ushuaia

Là où nous avons été le plus émerveillé

A de nombreuses reprises j’avais entendu dire qu’il fallait se poser au moins un bon mois au retour d’un voyage comme celui que nous venions de faire. J’espérais donc que ce sentiment passe un peu 5 ou 6 semaines après le retour.

Mais en fait non. La nostalgie et le manque étaient toujours présents plusieurs mois plus tard. Quatre mois après notre retour, jeter un oeil dans le coin de la pièce et aperçevoir mon sac de voyage, cette maison que j’ai eu pendant 5 mois, me provoquait un sentiment de vide immense. Je savais que ce soir je n’allais pas galérer pour savoir où dormir, que j’aurai une douche chaude mais ces aléas pas toujours joyeux en voyage me rendaient triste à cet instant, dans notre confort occidental ; je n’allais pas rencontrer d’autres cultures, je n’allais pas “vivre” comme je pense que nous le devrions plus souvent.

Il aura fallu personnellement 6 bons mois pour que je ne sois pas pris aux tripes en posant les yeux sur mon sac. C’est long 6 mois. Quant à la nostalgie, elle est toujours là, et trés fréquemment il me passe par la tête des lieux ou des personnes croisés durant le voyage. Ça a un côté magique de pouvoir se rappeler d’une ville ou d’une auberge particulière en fermant les yeux, s’y re-promener.

Chacun vit le retour différemment, Manon l’a vécu d’une façon quasi opposée à moi, elle n’a pas eu ce manque que j’ai eu, et n’a ressenti de la nostalgie que plusieurs mois après le retour.

Je n’ai honnêtement aucune idée de comment on peut gérer cette sensation au retour. C’est juste un poids que certain doivent encaisser et gérer comme ils le peuvent apparemment…