Rencontre d’une famille typique à Coñimó

Jeudi 5 juin 2014 on quitte Castro pour retourner à Ancud, où nous retrouvons cette fameuse odeur de feu de bois qui rempli la ville. On prend un bus rural -qui part depuis un terminal de bus différent de celui pour naviguer entre les grandes villes du pays- pour se rendre à Coñimó, un village paumé sur la côte est de l’île de Chiloe. Mais que va t-on y faire ? Et bien quelques jours plus tôt à l’office du tourisme d’Ancud on avait trouvé des cartes indiquant des familles typiques habitant dans l’arrière pays, faisant partager leur quotidien, leur culture.

Sur cette carte il était écrit qu’ils habitaient à “Koñimó”, orthographe différente de ce que l’on voit sur le panneau du village approchant. On commence à se demander si on ne s’est pas planté, s’il ne fallait pas descendre plus tôt ! Au bout d’une heure trente on est les derniers dans le bus, à l’avant, puis je vois un homme monter et parler au chauffeur. Je chuchote -et on se demande bien pourquoi vu que personne ne parle français dans ce coin du Chili, bref, je chuchote- à Manon : “Hey regarde, on dirait le vieux qui est sur la carte de l’office du tourisme !”. Et effectivement, c’est bien lui !

Laura et Segmundo sont des artisans-paysans qui vivent de ce qu’ils produisent et se soignent eux mêmes avec des plantes -tant que c’est possible ! Si ils se coupent un bras il ne vont pas le recoudre non plus !-. Ils sont donc naturellement entourés d’animaux, et vu qu’on arrive tard mine de rien -17h30- on va faire des tortillas -le pain local-. On arrive dans une grande cabane au sol terreux avec un feu central -idéal pour se réchauffer, car oui, ça caille- entouré de chaises recouvertes de laine moelleuse. On apprendra à se connaître durant 2h autour de ce gros feu, tout en faisant en parallèle cuir les tortillas dans le sable réchauffé par les braises, puis en en mangeant quelques unes. Laura fait également leurs vêtements -les ponchos et les pulls- grâce à un métier à tisser la laine. L’une de leur fille, la trentaine, et la fille de cette femme nous rejoignent entre temps. La petite se nomme Millalen (qui signifie “lune qui brille” dans une langue ancienne de la région, le Mapuche je crois). Comme beaucoup de petites, elle déborde d’énergie.

Notre seule photo de l'intérieur malheureusement

Notre seule photo de l’intérieur, malheureusement

On pense qu’on ne va manger que du pain et vu qu’il n’y a pas d’autres pièces à part une petite salle de bain, on se voit déjà passer la nuit par terre ! Ça serait typique….et flippant vu le froid qui nous enlace lorsque le feu s’atténue. Mais en fin de compte on sort de la cabane pour aller dans la vraie maison, beaucoup plus chauffée, en bois, sur pilotis, à 2 pas d’ici. La maison est chaleureuse, sauf la chambre et la salle de bain où il règne la même température qu’à l’extérieur. On est trop frileux pour prendre une douche avec les 2°C ambiant de la salle de bain. On mange ensuite un bon merlu pêché par Segmundo, puis on en apprend un peu plus sur les mythes de l’île -Pincoya par exemple-, auxquels ils croient tous en plus de leurs croyances catholiques et leurs origines indigènes dont ils sont fiers. Contrairement à Oscar de Puerto Natales, eux nous disent que l’accès à la contraception existe bien ici. Manon lit “La belle au bois dormant” -en espagnol bien sûr- à la petite, je leur fais un petit dépannage de PC -Segmundo ne sait pas trop utiliser Excel, or il a besoin de faire plein de calculs- et on file ensuite se coucher dans une chambre glacée : bonnet obligatoire pour ne pas geler de la tête !

Réveil à 7h30, on retourne à Ancud avec eux en bus, car Segmundo a une réunion concernant la communauté dont il est le président ici. Le couple nous a conseillé d’aller à Puerto Varas plutôt que de se poser à Puerto Montt, plus beau, moins dangereux. Arrivé à Ancud, on décollera direct pour Puerto Varas. Sur le ticket de bus Manon s’appelle bien Manon. Mais la femme du guichet pense que ce qui est écrit en dessous du nom de Manon sur la CB est mon nom, je m’appelle donc désormais LYON BROTTEAUX. Ça amuse encore Manon 4 jours plus tard !

Au final, l’échange avec cette famille a été agréable, on ne regrette clairement pas de l’avoir fait, mais il est vrai que depuis plusieurs temps on ne rencontre pas de personnes de nos âges, qui sont clairement celles avec lesquelles on accroche le plus depuis le début de notre voyage. Le manque social se faisant un peu pesant, et un peu fatigué par le fait de ne pas se poser plus de 2 jours au même endroit depuis plusieurs semaines, on commence à avoir un peu les nerfs en compote et le moral qui prend un coup. Heureusement qu’on est deux, et heureusement que l’on restera plus de deux jours à Puerto Varas, la suite très bientôt.

PS : En vérifiant l’orthographe de Coñimó, on a trouvé sur youtube nos hôtes Segmundo et Laura, regardez plutôt : >> ici <<

Castro, ses maisons colorées et la pluie

Nous sommes le 3 juin 2014 – Bonne fête Kévin 🙂

Nous ne sommes pas encore sortis du terminal de bus qu’un homme nous aborde pour nous faire la publicité de plusieurs hôtels (ça devient courant comme démarche). On prend ses prospectus et on commence par aller à l’office du tourisme. On ressort, un plan de la ville à la main, c’est parti pour la recherche d’un endroit pour dormir. Premier hôtel, pas de chauffage dans la chambre (classique), ça devient un critère éliminatoire. Le deuxième, il y a un chauffage, froid. Je demande s’il fonctionne. La dame, peu souriante, me répond qu’il fonctionne de 19h à 23h. Bon, on n’a pas envie de faire le tour de la ville avec nos gros sacs. On se pose donc à l’hôtel Don Miguel.

Il est 16h, on a encore le temps de profiter de cette belle journée (assez rare qu’il y ait du soleil ces derniers jours). Avant de quitter l’hôtel, la réceptionniste, toujours aussi peu souriante, veut qu’on lui paye nos deux nuits. D’habitude on paye avant de partir mais pourquoi pas. Voici le discours qui s’en suit :
Moi : Peut-on payer en carte bleue ?
La dame : Oui, mais je préfère en liquide.
Moi : Et nous, nous préférons en carte bleue. (Avec un petit sourire qui va bien).
-Silence-
Moi : Donc ? C’est possible en carte bleue ?
La dame : Non. En liquide.
Moi : On n’en a pas, il faut qu’on aille en retirer.
Je pensais qu’elle céderait en voyant qu’on ne pouvait pas payer tout de suite mais non, elle nous laisse partir et nous dit qu’on payera après. Tant pis, on ne compte pas lâcher l’affaire, elle nous connaît mal.

castro maisons coloreesOn se balade dans la charmante ville de Castro. Il y a pas mal de vieux bateaux, on a une vue sur des montagnes et  les palafitos (maisons sur pilotis) aux couleurs vives qui se reflètent dans l’eau. Ce dernier point me rappelle un peu l’île d’Oléron, de bons souvenirs. Une ville calme et très agréable.

Avant la tombée de la nuit, on fait quelques courses et on retourne à l’hôtel. On se pose devant la télé dans notre chambre. Une chaîne diffuse en continu pleins de films connus (que je n’avais pas vus, contrairement à Kévin qui les connaît tous). Du coup, je me laisse embarquer dans un film puis un deuxième… Tout en anglais sous titré en espagnol, un système qui me convient bien pour comprendre. Après nos douches, on descend pour se faire à manger. La maîtresse de maison nous a dit qu’on n’aurait pas de petit déjeuner mais qu’on avait une cuisine à disposition. Il est bientôt 22h et quand elle nous voit se diriger vers la cuisine, elle ouvre de grands yeux et s’exclame : “il est trop tard pour cuisiner !” Elle nous laissera tout de même faire nos pâtes tout en précisant que la cuisine est à disposition jusqu’à 20h. Seulement 20h ! Depuis le début de notre voyage, on est habitué aux cuisines qui ferment vers 23h voire minuit. Dans la cuisine, il fait super froid (autant qu’à l’extérieur). C’est donc en grelotant qu’on s’active à cuisiner et manger. J’aperçois un chaton dans la pièce. La maîtresse de maison, toujours aussi froide, reste de marbre face à mes sourires, prend le chaton et l’enferme dans une autre pièce. Si tu n’es pas heureuse dans ta vie, pas la peine de nous le faire subir… 

Le lendemain matin, le réveil sonne. On doit prendre un bus pour aller au parc national de Chiloe. Nous avions prévu l’horaire du bus mais pas qu’il pleuvrait des cordes. De la fenêtre de notre chambre, on a une très belle vue. La pluie ne s’arrête pas ce qui ne nous motive pas à nous lever. Enlacés bien au chaud dans le lit, on commence à regarder un film “The Island”, plutôt captivant. Le temps passe, trop tard pour le bus que l’on avait prévu. Le temps ne s’arrangera pas d’après la météo. On décide donc d’annuler nos projets et de paresser un peu. La maîtresse de maison frappe à la porte en fin de matinée. Que veut-elle… J’ouvre la porte, méfiante. Elle s’est levée du bon pied et nous apporte un chauffage d’appoint pour nous réchauffer. Une gentille attention car il fait assez froid.

castro kevin poncho

Un SDF, seul sur son banc…

Le film fini, on se prépare enfin et on sort pour manger et finir le tour de la ville. Il pleut toujours, nos ponchos sont efficaces et nous tiennent au sec, mieux qu’un parapluie. On s’arrête pour manger des empanadas à la viande. On marche quelques minutes avant que je m’arrête net devant une vitrine. J’ai encore un peu faim et je suis face à des gâteaux appétissants. On se pose donc à une table avec une grosse part de gâteau aux noisettes, une boule de glace à la vanille et un milkshake, mmh… En même temps, on peut se faire plaisir, on dépense 30% de moins par jour que prévu ! Ici, les transports ne sont pas chers (3€ pour 1h30 de bus) et on mange une empanada pour 2€ environ.

Notre moment gourmandise finit, on continue notre balade. Même sous la pluie, la ville est jolie et sympathique.

On rentre à l’hôtel, la dame est un peu moins froide, nous n’avons toujours pas payé, aurait-elle oublié…?

Le lendemain, on aurait presque pu partir sans payer mais bon, on est honnête ! La femme de ménage faisait la gueule dès notre réveil, on ne saura pas pourquoi… Bref, on a payé mais en carte bleue comme on voulait et c’est sous un ciel bleu et un grand soleil qu’on quitte Castro.

Au fait, à propos de la photo, avez-vous vraiment cru que c’était un SDF où avez-vous reconnu mon beau Kévin emmitouflé sous son poncho ?

Ancud, première étape de Chiloe

En sortant du terminal de bus on tombe sur un gars peu rassurant à l’arrêt de bus :
– “Faites attention, la ville est dangereuse. Pas pour les habitants, mais pour les touristes.”
Je me rappelle d’Oscar, le père de famille à Puerto Natales disant que tout le Chili était sécuritaire. Qui croire ? Dans le doute, nous redoublerons de vigilance.

Un taxi nous dépose sur la place principale d’Ancud, lieu apparemment rempli de part et d’autre d’auberges et d’hôtels. Le premier hôtel devant lequel nous sommes est fermé. Chargé comme des bœufs, on fait les alentours de la place, mais on ne trouve rien d’ouvert, la poisse !
On s’aventure dans une rue sur conseils de passants et de panneaux qu’on croise. On finit par tomber devant une auberge qui semble ouverte. On sonne, rien. Deux minutes s’écoulent, on insiste car il y a de la lumière à l’intérieur. Soudain, frayeur, “Aaaaah !”. Une vieille nous regarde par la fenêtre collée à moi. On entre, on est enfin au chaud. Au chaud ? Pas totalement.

Isabel et Ernesto sont un vieux couple qui font maison d’hôte. Leur capacité d’accueil doit être de bien 15-20 personnes, la maison est très grande mais eux, ils n’utilisent qu’une partie de l’étage supérieur. Leur cuisine fait office de salle à manger et est collée à leur chambre. Cette pièce est d’ailleurs la seule chauffée par un poêle central.
Nous sommes les seuls hôtes, pas étonnant car en saison creuse. Ils sont adorables, bien qu’on ait du mal à les comprendre par moment, surtout quand Ernesto part dans un monologue de 20 minutes sur l’économie du pays, les problèmes avec l’Argentine, une sorte de guerre froide en Amérique du Sud etc. Le soucis c’est qu’il parle trop doucement et mâche ses mots, sans compter qu’on ne peut pas en placer une. Il nous a pourtant demandé juste avant de débuter son discours si on parlait espagnol : “oui, un peu” lui a t-on répondu. Ce sera d’ailleurs sa seule curiosité à notre propos. Difficile de le suivre, mais on comprendra tout de même 2 ou 3% de ce qu’il raconte. C’est pas que l’économie chilienne nous ennuit, mais on voudrait diminuer d’un cran le niveau de discours, Manon lui demande si il a des enfants, ce à quoi il répond affirmativement puis sort de la pièce en nous disant qu’il revient, sûrement avec des photos. Mais non, il rapporte des cartes de visite de l’auberge et repart dans son interminable discours économico-historique. Bref, on arrive à fuir poliment au rez-de-chaussée et retourner à la chambre.

Aucune idée de la température dans la chambre et la salle de bain que nous utilisons, mais à la vue de la fumée provoquée par notre simple expiration, je dirai 10°C maximum. Bref, on s’est bien gelé sous la douche et dans la chambre.

Un petit coin de Paradis... en été !

Un petit coin de Paradis… en été !

Le lendemain matin au petit déjeuner (à 11h30, classique), devant la télé nos 2 petits vieux s’endorment assis, pendant que nous mangeons le plus silencieusement possible pour ne pas les brusquer. On visite ensuite la ville sous une fine pluie, ce qui n’enlève à première vue rien à sa beauté. L’office du tourisme nous contredit l’homme de la veille : Ancud n’est pas dangereux du tout. On visite des ruines d’un fort nommé San Antonio (encore un avec ce nom ! Pour ceux qui se rappellent de Campeche au Mexique). Les maisons sont particulières ici, très colorées, la ville est mignonne et agréable. Durant tout ce trajet on fait le tour des auberges et hôtels à la recherche de chauffage pour la prochaine nuit et on s’aperçoit qu’il n’y a JAMAIS de chauffage dans les chambres ou les maisons ! Seule une pièce, avec un poêle central. En fait les maisons ne sont pas vraiment équipée, et ils n’ont pas -forcément- de chauffage d’appoint. On commence à repérer au premier coup d’œil si il y a du chauffage ou non : l’hôte qui nous accueille porte t-il ou non un blouson ?

Après avoir fait un bon tour de la ville, on finira par trouver notre chambre chauffée : l’hôtel devant lequel nous avait déposé le taxi la veille est désormais ouvert, ce sera notre lieu de migration.

On profite de cette journée pour goûter des empanadas, nourriture plutôt typique dont on tombera amoureux rapidement. C’est bon, ça cale, et c’est pas cher !

La nuit sera réparatrice, “de quoi” me direz-vous ? Et bien disons que bouger chaque jour depuis presque une semaine, ne pas avoir de stabilité ne serait-ce que 2 nuits de suite nous fatigue pas mal. Ajoutez à cela le manque de certaines choses clés de type : avoir chaud -indispensable non seulement pour le moral, mais aussi pour sécher nos vêtements !-, avoir un vrai lit, rencontrer des gens sympas, voir le soleil, faire de vraies nuits, bref, un ensemble de chose que nous apporte cette journée, cette soirée à Ancud.

La vue admirée grâce au petit vieux bizarrre et adorable de l'hôtel, Sergio

La vue admirée grâce au petit vieux bizarrre et adorable de l’hôtel, Sergio

Le lendemain matin midi, je vais pour payer l’hôtel quand un vieux en face de la réception demande de l’aide à Manon. Puis elle me lance : “Kévin, problème ordinateur”, j’y vais et aide le papi en 2 temps 3 mouvements.

Il nous montre -peut être en guise de remerciement- quelques objets saugrenus et naturels -genre des œufs d’insectes enfermés dans une coquille de terre qu’il agite- et nous propose de nous montrer une belle vue depuis une colline, proche d’ici en voiture. On le suit, et il nous montre, effectivement, une très belle vue. Gros plus : aujourd’hui le ciel est dégagé et le soleil est de la partie (soleil + gens sympas = moral +++). Toujours aussi adorable, tout en nous racontant quelques légendes de l’île, et qu’un de ses amis est un extra-terrestre -je déconne pas quand je raconte ça, et lui non plus quand il le disait !- il nous déposera au terminal de bus, où on s’enfilera chacun une nouvelle empanada avant de prendre le bus en direction de Castro, la capitale de l’île.